L’achat d’oeuvres d’art procure un avantage fiscal

Source : Les Affaires , Dominique Froment

En plus d’améliorer l’environnement de travail des employés et d’encourager les artistes de chez nous, l’achat d’oeuvres d’art canadiennes procure un avantage fiscal.

Simon Gareau, avocat fiscaliste, directeur principal en fiscalité au bureau de Sherbrooke de Raymond Chabot Grant Thornton, nous explique comment ça fonctionne.

Un contribuable, c’est-à-dire un particulier, une société de personnes, une société par actions ou une fiducie qui acquiert une oeuvre d’art admissible peut, s’il respecte certaines conditions, réclamer une déduction pour amortissement annuelle correspondant à 20 % du montant payé, au fédéral, et à 33,3 %, au Québec. La règle du demi-taux limite cependant à 10 % au fédéral et à 16,67 % au Québec la déduction pouvant être réclamée par le contribuable la première année.

Qu’est-ce qu’une oeuvre admissible ?

– Estampe, gravure, dessin, tableau et autres oeuvres d’art de même nature, dont le coût est d’au moins 200 $ ;

– Tapisserie ou tapis tissé à la main ou dont les applications sont faites à la main et dont le coût est d’au moins 215 $ le mètre carré (10,76 pi2) ;

– Gravure, lithographie, gravure sur bois ou carte réalisée avant 1900 ;

– Meuble ou tout autre objet fabriqué il y a plus de 100 ans avant la date d’acquisition et dont le coût est d’au moins 1 000 $.

Les conditions à respecter : 

– L’oeuvre d’art doit avoir été produite par un artiste qui était citoyen canadien ou résident permanent à la date où elle a été créée ;

– L’oeuvre doit avoir été acquise auprès d’une personne sans lien de dépendance ;

– L’oeuvre doit avoir été acquise dans le but exclusif de gagner du revenu d’entreprise, par exemple pour décorer la réception, une salle de réunion, les corridors ou le bureau d’un actionnaire et être à la vue des clients de l’entreprise. L’acquéreur ne peut apporter l’oeuvre à sa résidence personnelle, à moins d’y posséder un bureau où des clients se rendent, comme c’est le cas de certains travailleurs autonomes (avocats, comptables, consultants, etc.).

Prendre ou ne pas prendre d’amortissement

Le contribuable a le choix de réclamer annuellement une dépense d’amortissement sur les oeuvres d’art qu’il a acquises, à condition de respecter certaines exigences. Celui qui vend une oeuvre d’art doit, si la valeur de celle-ci a augmenté, être imposé sur le gain en capital, soit la différence entre le prix payé et le prix de vente (seulement 50 % du gain est imposable). De plus, il doit ajouter à son revenu d’entreprise la récupération de l’amortissement réclamée au cours du temps, à moins qu’il ne possède d’autres oeuvres d’art ou qu’une nouvelle oeuvre ne soit acquise dans un délai de deux ans ; c’est ce qu’on appelle le choix de bien de remplacement.

«À moins qu’il ne possède d’autres oeuvres d’art.» Qu’est-ce que cela veut dire ? «Les oeuvres d’art sont toutes regroupées dans une même catégorie d’immobilisations ; il n’y a pas de catégorie distincte pour chacune des oeuvres. Ainsi, même si un contribuable réalise un gain en capital en vendant une oeuvre d’art complètement amortie, il ne sera pas nécessairement assujetti à la récupération d’amortissement, étant donné que toutes les oeuvres d’art sont regroupées au sein d’une même catégorie», explique M. Gareau. Par conséquent, s’il possède d’autres biens d’un coût non amorti suffisant dans la même catégorie, seul le solde de la fraction non amortie du coût en capital sera réduit.

Au sujet de l’amortissement, il existe deux écoles de pensée chez les fiscalistes, explique M. Gareau : profiter de l’avantage fiscal de l’amortissement chaque année et payer davantage d’impôt plus tard au moment de la revente, ou ne pas prendre d’amortissement et payer moins d’impôt lors de la revente. «Un des objectifs visés par la plupart des fiscalistes consiste à reporter l’imposition le plus longtemps possible ; et le fait de réclamer une dépense d’amortissement permet d’atteindre cet objectif», estime M. Gareau.

Enfin, si vous faites don d’une oeuvre d’art à un organisme de bienfaisance, il sera traité au même titre que si vous aviez effectué un don en argent. Si la valeur de l’oeuvre est inférieure à 1 000 $, l’évaluation faite par un employé compétent du donateur sera acceptée. Par contre, si la valeur de l’oeuvre est de 1 000 $ ou plus, l’évaluation devra être faite par un expert indépendant reconnu.

Cliquez ici pour consulter le dossier «Comment investir dans l’art»

 

Hélène Leblanc
hleblanc@artxterra.com
4 Commentaire
  • Manon LeClerc
    Publié à 15:56h, 21 février Répondre

    Bonjour,

    On m’a dit que pour que pour obtenir des crédits d’impôt à l’achat d’une oeuvre d’art par une entreprise, il est obligatoire que l’artiste qui a vendu fasse une déclation de revenu. Est-ce le cas?
    Merci

    • Victoriane Jean-Baptiste
      Publié à 12:31h, 23 février Répondre

      Bonjour Manon,
      Au Québec, l’avantage fiscal dont peut bénéficier une entreprise à l’achat d’une œuvre d’art ne dépend pas de la déclaration de revenus personnelle de l’artiste au moment de la vente.

      Lorsqu’une entreprise achète une œuvre originale créée par un artiste canadien (citoyen ou résident permanent) dans le cadre de ses activités commerciales, elle peut généralement amortir le coût de l’œuvre comme immobilisation (déduction pour amortissement), tant au fédéral qu’au provincial.

      Ce que l’administration fiscale vérifie, ce sont surtout :
      – Que l’œuvre est originale
      – Qu’elle a été créée par un artiste canadien
      – Que l’achat est fait dans un contexte commercial (ex. bureaux, lieu d’accueil de la clientèle)
      – Que l’œuvre n’est pas destinée à la revente.

      Il n’est pas exigé que l’artiste ait déjà fait sa déclaration de revenus pour que l’entreprise puisse bénéficier de cet avantage fiscal. La situation fiscale personnelle de l’artiste relève de ses propres obligations envers Revenu Québec et l’Agence du revenu du Canada, mais elle n’est pas une condition d’admissibilité pour l’entreprise acheteuse.

      En revanche, l’artiste demeure légalement tenu de déclarer les revenus issus de la vente de l’œuvre dans sa propre déclaration fiscale. Cette obligation relève de sa responsabilité personnelle, mais elle est distincte du droit de l’entreprise acheteuse à amortir l’œuvre.

  • Marie Ferdais
    Publié à 17:56h, 25 mars Répondre

    Est ce que l’achat d’une oeuvre d’art à faible cout ne peut pas eetre considere comme une simple dépense? Et qu’en est il de la location d’oeuvres d’art?

    • Victoriane Jean-Baptiste
      Publié à 07:53h, 26 mars Répondre

      Bonjour Marie, votre question est très pertinente.

      Concernant l’achat d’une œuvre à “faible coût” : Le montant de l’œuvre n’est pas, en soi, un critère déterminant pour bénéficier de l’avantage fiscal. Ce qui compte avant tout, ce sont les conditions prévues par la loi : il doit s’agir d’une œuvre originale d’un artiste vivant, inscrite à l’actif de l’entreprise, et exposée dans un lieu accessible (salariés, clients, public) pendant plusieurs années.

      Ainsi, même une œuvre à prix modeste peut entrer dans ce dispositif.

      En revanche, oui : d’un point de vue comptable, il s’agit bien d’une dépense pour l’entreprise. L’avantage fiscal ne signifie pas que l’œuvre est “gratuite”, mais qu’une partie de son coût vient réduire le résultat imposable, généralement étalée sur 5 ans (à hauteur de 20 % par an).

      Concernant la location d’œuvres d’art : La logique est différente et souvent plus souple.
      Dans le cadre d’une location (ou leasing) :
      – Les loyers sont considérés comme des charges.
      – Ils sont généralement déductibles à 100 % du résultat imposable.

      Cela permet :
      – De ne pas immobiliser de trésorerie
      – De renouveler régulièrement les œuvres
      – Tout en bénéficiant d’un effet fiscal immédiat.

      Certains dispositifs incluent même une option d’achat en fin de contrat, ce qui combine location et acquisition progressive.

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